Bien gérer le contre-coup de la journée

Imaginons un pasteur qui revient d’une réunion difficile avec les anciens. Il est neuf heures du soir et la journée a été longue. Après un bref bonsoir à son épouse, il se dirige vers la cuisine et s’autorise un petit grignotage composé de chips, de cacahuètes et de coca-cola afin de pouvoir décompresser.

Quelques heures plus tard, il ferme la télévision et se dirige vers son lit. Le stress est enfin parti.

Que vient-il juste de se passer ?

Vous admettrez que le comportement de ce pasteur n’est pas en soi particulièrement choquant. Ce n’est pas comme s’il était allé dans un club de striptease ou qu’il avait pris de la drogue ou qu’il avait joué toute ses économies dans des machines à sous. Cependant, que s’est-il passé dans le coeur de ce pasteur durant ce moment ?

Bien qu’il n’y ait rien de nécessairement mauvais avec ce type de nourriture, le grignotage peut avoir le même type d’effet que des addictions plus dangereuses qui sont en fait des substituts malsains qui nous aident à gérer la tension, et cela en dehors de la puissance et de la présence de Christ.

Quatre stratégies pour lutter contre le grignotage

De par ma propre expérience, je ne peux que confirmer cette réalité. Durant ces dernières années, tandis que mon emploi du temps et mes responsabilités ont sensiblement augmenté, j’ai souvent été tenté d’utiliser le grignotage du soir pour gérer mes fins de journées. Je suis par là même devenu de plus en plus convaincu que, bien que l’alcool avec l’adultère peut vous détruire bien plus rapidement et plus radicalement que le Nutella avec Netflix, ces deux types de tentations font appel au même principe, à cette partie de notre chair qui crient comme les filles de la sangsue, « Apporte, apporte » (Proverbes 30:15).

Dans mon combat pour glorifier Dieu dans mon corps (1 Corinthiens 6:20) et tout particulièrement quand je suis totalement vidé en fin de journée, j’ai mis en place quatre stratégies qui m’ont été d’une grande aide. Je les partage dans l’espoir qu’elles puissent être utiles à d’autres qui sont également tentés dans ce domaine.

1. L’exercice physique

Il existe un certain nombre de personnes qui semble penser, ou qui tout du moins donne cette impression aux autres, que résister aux tentations de la chair est essentiellement une affaire spirituelle. Si vous grignotez trop, vous avez besoin de lire davantage votre Bible. Si vous regardez trop la télévision, c’est bien sûr parce que vous ne priez pas assez.

La dernière chose que j’ai envie de faire est de minimiser l’importance de ces disciplines spirituelles. Néanmoins, je crois que c’est une erreur d’adopter une approche aussi restrictive. Dieu nous a créés avec tout un ensemble de besoins : le besoin de travailler, d’avoir des relations, de dormir, de faire des exercices et bien plus encore. Notre santé émotionnelle et physique a dès lors un impact important dans notre vie spirituelle.

Dans le livre de C.S. Lewis « Tactique du diable », le démon Wormwood donne ce conseil à son apprenti démon à propos de la gloutonnerie :

Garde bien ton homme dans une condition de fausse spiritualité. Ne le laisse jamais prendre en compte l’aspect médical. Laisse-le se demander quel orgueil ou quel manque de foi l’a livré dans tes mains quand une simple interrogation sur ce qu’il a mangé ou bu ces dernières vingt-quatre heures lui montrerait d’où vient ton emprise sur lui.

Quand nous sommes tentés de grignoter ou de nous laisser aller à d’autres formes de gratification malsaine, nous avons besoin de regarder à ce qui se cache derrière la tentation afin de voir d’où vient le problème. À quel moment vient la tentation ? Que ressent-on quand elle survient ? Pourquoi maintenant et pas trois heures plus tôt ? Pourrait-il y avoir un « aspect médical » à la tentation en plus de l’aspect spirituel ?

Au travers de ma propre vie, j’ai observé que la tentation de ces grignotages survenait souvent en soirée quand j’avais beaucoup travaillé la journée et que j’avais besoin de me libérer la tête de la pression du jour. Une partie de la solution est bien sûr de se reposer, nous en reparlerons plus bas. Mais j’ai aussi découvert que quand nous sommes complètement vidés, Dieu nous a donné de saines alternatives pour refaire le plein. Et l’une des plus importantes, si ce n’est la plus importante après le sommeil, c’est l’exercice physique.

Pendant l’exercice physique le corps libère des endorphines qui interagissent avec des récepteurs dans le cerveau afin de réduire la sensation de douleur et qui déclenchent une sensation de bien-être. En d’autres termes, les exercices physiques peuvent avoir le même effet que le grignotage. Cela agit comme une contre-mesure et libère du stress et de la fatigue. Mais alors qu’ingurgiter des quantités de sucre est mauvais pour votre corps et a des effets néfastes sur celui-ci, les endorphines sont, pour leur part, bonnes pour votre corps et ont un effet positif sur celui-ci.

Si donc vous êtes tentés de grignoter, prenez un peu de temps pour considérer quand ou pourquoi la tentation arrive, et optez pour une approche plus globale du problème en incluant des exercices physiques dans votre démarche.

2. Profitez de votre famille

Dieu nous a créés non seulement avec des besoins physiques, comme le sommeil et les exercices, mais aussi avec des besoins sociaux et psychologiques, comme l’amitié et les loisirs. La vie n’est pas faite pour être intense toujours, tout le temps. Il y a de la place dans nos vies, et c’est même une nécessité, pour les loisirs et autres formes de relaxation.

Winston Churchill a géré d’énormes quantités de stress durant la Seconde Guerre mondiale en passant des heures à peindre. Alors on pourrait dire, « Pourquoi perdre tant de temps à peindre alors que les nazis sont à la porte de l’Angleterre ? » Mais la peinture était justement une activité qui permettait à Churchill de maintenir sa productivité et sa santé mentale durant ces moments de crise extrême. Si Churchill a eu besoin et a mis du temps à part pour avoir des loisirs malgré les nombreuses sollicitations de son travail, il se peut que vous et moi ayons également besoin d’avoir ces loisirs.

L’un des endroits les plus importants où nous pouvons entretenir ces loisirs est dans notre famille. Je crois fermement qu’entretenir une bonne ambiance dans notre foyer, faire de notre maison un refuge vis-à-vis du stress au lieu d’un endroit de stress, et être capable de vraiment se réjouir de notre famille et avec notre famille, toutes ces choses font une profonde différence sur la manière dont nous gérons la fatigue de nos fins de journées.

Peut-être que quelques-uns d’entre vous ont le sentiment qu’ils sont tellement fatigués de leur travail qu’ils n’ont plus rien à donner à leur famille. Dans ce cas, il vous faut revoir vos priorités. Si vous donnez plus d’énergie pour accomplir votre journée de travail de neuf à cinq que vous n’en faites de six à onze, vous êtes peut-être en train de dire, « Le travail est plus important pour moi que ma famille ». Ces heures en soirée sont une précieuse opportunité pour servir et aimer votre famille, et elles peuvent également se révéler être un refuge pour vous.

3. Arrêtez d’idolâtrer la productivité

Quand Dieu a créé le monde, il a établi un cycle de travail et de repos, un cycle qu’il a ensuite demandé à son peuple de suivre dans leur routine hebdomadaire (Exode 20:8-11). Cela nous montre que l’efficacité pure n’est pas le but de la vie. Le travail n’est l’objectif ultime.

Afin de combattre les tentations qui nous poussent à utiliser des moyens malsains pour faire face à la fatigue (comme le grignotage), nous avons besoin de considérer la volonté de Dieu au sujet du repos hebdomadaire. Si nous ne respectons pas ce cycle de travail et de repos établi en Genèse 1, nous serons davantage tentés de contrevenir au commandement de Dieu qui nous demande de glorifier Dieu dans notre corps (1 Corinthiens 6:20).

Pour moi, cette réalité signifie de non seulement prendre régulièrement un jour de repos, mais aussi de travailler à un rythme plus modéré dans mes journées. Si je réduis mes attentes, je serais moins contrarié par les distractions, les interruptions et les visites inattendues. Je serais alors plus disponible pour la personne que Dieu pourrait mettre sur mon chemin. Et mieux encore, je serais davantage capable de me donner pour ma famille en fin de journée, plutôt que d’être complètement vidé.

Travailler dans le calme et dans la conscience de Dieu n’est pas quelque chose qui vient toujours naturellement. C’est bien un de mes défauts que de répondre aux emails avec la force de la chair plutôt qu’avec la puissance de l’Esprit. Mais Dieu se soucie au moins autant du rythme et de l’état d’esprit dans lequel nous travaillons que du contenu et du résultat final. Il veut que nous lui donnions chaque moment de notre journée et que nous les vivions dans la louange et dans l’action de grâces envers lui. Or un état d’esprit frénétique est un obstacle à cela.

Si vous abordez vos journées comme si elles étaient un sprint continuel, vous serez alors davantage tentés d’abuser de vos détentes en soirée. Mais si vous les abordez comme une course à faire à un rythme régulier et modéré, vous serez alors plus à même de vous donner pour votre famille le soir et vous serez moins tentés de vous laisser aller au grignotage.

4. Regardez à Christ pour satisfaire pleinement et profondément votre âme

Les Écritures nous enseignent que dans chaque coeur humain il y a une profonde faim et soif de Dieu lui-même. « L’homme ne vivra pas de pain seulement » (Deutéronome 8:3). Quand Jésus a été tenté par la nourriture, il a répondu en citant ce verset.

Comme Jésus, nous avons besoin d’apprendre à répondre à l’aide des Écritures à nos tentations, plutôt que de simplement écouter leurs mensonges. Un des passages bibliques qui m’a souvent été utile dans cette bataille contre le grignotage et qui est dans le même état d’esprit de ce que Jésus a cité en Deutéronome 8:3 est le Psaume 63:5-7,

Mon âme est rassasiée comme de moelle et de graisse ; ma bouche te loue avec des cris de réjouissance ; quand je me souviens de toi sur mon lit, et que je médite sur toi pendant les veilles de la nuit. Car tu as été mon secours ; aussi je me réjouirai sous l’ombre de tes ailes.

David décrit ici l’expérience qu’il fait de manger de la nourriture spirituelle. Il nous parle de cette satisfaction de la présence de Dieu à laquelle nous aspirons tous, non dans notre estomac, mais dans notre âme.

Que se passe-t-il quand, à la place de simplement essayer de s’abstenir de nourriture physique, nous utilisons cette faim comme un catalyseur pour chercher la toute satisfaisante présence de Christ ? Que se passe-t-il quand, à chaque fois que la nourriture nous vient à l’esprit, nous l’utilisons comme un stimulus pour crier à Dieu, « Mon âme a soif de toi » (Psaume 63:1) ?

En d’autres termes, quand vous êtes vidés, fixez-vous comme objectif de ne pas simplement résister à la tentation du grignotage, mais de l’utiliser pour vous conduire dans l’adoration. Convertissez cette énergie en adoration et en réjouissance dans la toute satisfaisante présence de Dieu.

Article traduit par Daniel Zuwala. © 2018 Desiring God Foundation. Site web : DesiringGod

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